« Cultures en transition » : compte rendu d’une soirée passionnante !

Jeudi 17 octobre : nous voici réunis pour un nouveau « Jeudi de la transition »

[Prochain rendez-vous « alimentation » : mercredi 13 novembre, 20h, au Centre Social de Chateauneuf]

JT AlimenterreEnviron 40 personnes étaient présentes (merci à eux !) pour la projection-débat du film « Cultures en transition », projeté dans le cadre du festival de films documentaires « Alimenterre« .

Cultures en transition – bande annonce (français) from Nils Aguilar on Vimeo.

L’objectif, pour nous, de cette soirée : prendre conscience des vulnérabilités du système alimentaire, découvrir des exemples d’alternatives et discuter ensemble des solutions qui pourraient être appliquées sur notre territoire.

Deux intervenants étaient présents pour nourrir le débat : Yorick, président de l’Amap de Chateauneuf, et Stéphane, agriculteur bio de Vienne en Val.

Les débats qui ont suivi la projection ont été très riches : chacun s’est retourné vers ses voisins pour échanger sur les ressentis quant aux film. Les discussions sont allées bon train et chaque groupe (sept au total) a exprimé ses remarques, suggestions, oppositions et questions aux intervenants.

discussions cultures en transition

Voici donc les thèmes qui ont été abordés pendant ce débat, dans un bref compte rendu :

Quelques observations critiques sur le film, qui est apparu pour certains comme un petit peu trop idyllique : les choses sont souvent plus compliquées, et de nombreux échecs existent aussi. De nombreux thèmes constructifs ont ensuite été abordés…

– L’exemple de Cuba

Dans les solutions proposées le film détaille assez longuement l’exemple de Cuba qui, pendant sa « période spéciale » (après la chute du bloc de l’Est dans les années 80) a du prendre un certain nombre de mesures pour faire face à une crise (notamment énergétique) de grande ampleur.

Plusieurs groupes ont trouvé cet exemple tout à fait intéressant, La Havanne couvrant 70% de sa consommation de légumes par une production locale en bio grâce à la permaculture et à l’agroécologie. Quelques personnes ont cependant nuancé cet enthousiasme en rappelant le contexte politique plus que difficile et en précisant qu’on ne peut imaginer une telle distribution des terres en France, les dites terres n’appartenant pas, chez nous, à l’état.

– Les questions de fond qui posent problème

Plusieurs thèmes ont été mis en avant. D’abord les limites du système, et les nombreux obstacles à franchir… Le système actuel, avec les grands groupes financiers et industriels, est « bien huilé », et difficile à déboulonner. La société dans son ensemble n’est pas prête pour la transition, tant son fonctionnement repose sur la consommation d’énergie : comment commencer le chemin dans un pays qui base son essor sur l’aéronautique, par exemple, ou son système de consommation sur les grandes surfaces ? Comment comprendre les liens de cause à effet de plus en plus complexes pour agir ?

Les freins individuels ont aussi été évoqués : sommes-nous assez conscients pour changer nos propres habitudes (manque de temps, facilité, confort…) ? Les contraintes de tous les jours, le train-train quotidien, n’aident pas à avoir une vision plus vaste…

La contrainte semble alors pour plusieurs personnes la seule capable de nous faire changer. On « trouve des solutions quand on est au pied du mur », ce qui a été le cas par exemple pendant l’occupation, où tous les espaces verts disponibles ont été mis en culture.

La question de l’action politique se pose alors : elle est essentielle notamment pour soutenir les initiatives de producteurs. Or les décisions politiques et le contexte agricole sont défavorables au bio depuis 3-4 ans : les conditions se sont durcies, et le contexte général n’est pas forcément bienveillant face aux pratiques bio.
Est évoquée la question des lobbies, responsables pour plusieurs personnes dans la salle de cet état de fait. Pour d’autres si cette pression est évidente au niveau national, elle est cependant à nuancer au niveau local : l’enjeu est de convaincre les acteurs locaux, moins touchés par ces groupes de pression, comme par exemple ceux de la restauration collective. En Basse Normandie près de 80 % des repas des lycées sont produits localement. Pourquoi pas chez nous ? Les exploitants en bio manquent de temps pour aller convaincre : d’où l’importance des dynamiques citoyennes.
Les citoyens doivent s’informer et agir en groupe, mais aussi être vigilants sur les décisions locales qui seront prises (comme les mesures agro-environnementales gérées par les régions).

– Les solutions positives

Beaucoup de participants ont apprécié et commenté les solutions positives proposées par ce film.

D’abord sur les « bonnes pratiques » en culture : découverte de la permaculture, de l’agroforesterie. Comment conjuguer nos connaissances, dont certaines sont ancestrales ?
Un participant (membre de l’association Eco’logiques de Gien) nous fait part du témoignage d’un agriculteur Togolais, invité par son association : si une année une parcelle cultivée de façon « traditionnelle » peut avoir un meilleur rendement qu’une parcelle cultivée en agro-écologie, ce n’est absolument pas le cas sur une longue période. Sur 10 ans, en effet, l’agro-écologie donne de bien meilleurs résultats, même dans ces zones désertiques…

Le film insiste sur une certaine « manière de voir » : dans les pratiques présentées l’épanouissement de l’homme est au centre et la « vision positive » est primordiale. Partout des expériences commencent, avec des citoyens qui veulent faire bouger les choses à leur échelle, sans nécessairement croire qu’il vont changer le monde dans son ensemble. Ces initiatives semblent s’orienter selon quelques axes communs : des cultures saines, socialement équitables (notion du partage) et économiquement viables dans la durée.

Dans toutes ces solutions le collectif est essentiel : si le rôle du politique est primordial, comme vu plus haut, celui des citoyens l’est encore plus, le mouvement général ne pouvant être qu’ascendant pour être efficace. En cas d’urgence les citoyens sont  d’ailleurs les seuls à pouvoir réagir rapidement.

De plus nous avons tous besoin des autres et l’autarcie n’est pas souhaitable (voir impossible). L’initiative citoyenne ne peut fonctionner que s’il y a groupe et non pas action isolée. Les jardins (comme celui de CSLT) sont de bons exemples de partage de facto et de nombreux mouvements, comme Colibri, veulent donner envie de s’investir, chacun à son niveau. La mise en dynamique des différents acteurs sur un territoire est donc un enjeu de taille pour agir et garder le moral tous ensemble.

C’est sur cette idée de collectif et de convivialité que nous avons fini la soirée autour d’un verre de jus de pommes ramassées, pressées et mises en bouteille à Chateauneuf…

Cet article essaie, tant bien que mal, de rendre compte des riches discussions qui ont eu lieu ce soir-là. Les inexactitudes sont possibles, et j’espère que les participants à cette soirée n’hésiteront pas à poster leurs commentaires !

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