Le pic pétrolier ?

Article original

Le flou est toujours de mise en 2012, quand on parle de l’avenir du pétrole. Rarement un sujet aura fait l’objet de telles distorsions dans les estimations. Même si les choses semblaient beaucoup plus claires depuis l’annonce de l’AIE en 2010, indiquant que nous avions dépassé le pic de pétrole conventionnel.

Il faut expliquer, encore et encore, pour démontrer que les communications pseudo-scientifiques rassurantes qui accommodent notre résistance au changement, ne sont que science fiction et manipulations économiques et politiques.

L’AIE corrige la date du pic !

Tout d’abord, il y a ceux qui admettent l’existence d’un pic ou plateau, après de nombreuses années de déni. C’est le cas de la très optimiste Agence Internationale de l’Energie qui indiquait dans WEO 2010 (World Energy Outlook) que nous avions passé le pic de pétrole conventionnel en 2006. Depuis, ils ont corrigé le tir dans le WEO 2011 en indiquant :

« Les révisions effectuées sur les données de production depuis la publication du WEO 2010 montrent une production moyenne mondiale de pétrole conventionnel à 70,4 Mb/j en 2008, légèrement au-dessus des 70,2 Mb/j de 2006. »

Le pic aurait donc été dépassé en 2008 et non en 2006 comme l’indiquait le précédent rapport, pour une production actuelle d’environ 69 Mb/j.

AIE.JPG

Perspectives de production pétrolière de l’AIE, WEO 2011

 Circulez (avec du pétrole), y a rien à voir !

L’actualité propose toujours son lot de personnalités qui nient farouchement qu’il puisse y avoir un problème de pic énergétique. Ces témoignages portés par d’éminents responsables sèment le doute dans les esprits qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Le 17 septembre 2011, Daniel Yergin, Président d’IHS CERA écrit une longue tribune dans le Wall Street Journal dont le titre est évocateur : « There will be oil » (il y aura du pétrole). Dans cet article, il revient sur les fondements de la théorie du pic pétrolier et remet en cause tous les discours alarmistes quant à l’offre de pétrole sur les marchés.

Un démontage méthodique de cet argumentaire par Jean Laherrère, ancien patron des techniques d’exploration du groupe Total, a été publié sur le blog de Matthieu Auzanneau quelques jours plus tard.

Le 11 janvier 2012, Pierre Terzian, PDG du groupe Pétrostratégies SA explique que grâce à la technique, nous sommes maintenant capables d’aller chercher certains hydrocarbures qui n’étaient pas accessibles avant. Selon lui, « ce n’est plus une question de technique mais c’est une question de prix, de coût. Donc à partir du moment où le prix assure la production de ces pétroles, il n’y a plus de risques de pénurie de pétrole. »

Le 23 janvier 2012, Pierre Gadonneix, Président du Conseil Mondial de l’Energie et ancien PDG d’EDF, annonce lors d’une séance publique (version audio) que « le concept de « peak oil » s’éloigne au fur et à mesure que les échéances de la déplétion des ressources sont repoussées. ». Pour lui, il n’y a pas de pénurie globale et le boom des hydrocarbures non-conventionnels (sables de l’Alberta, gaz et pétrole de roche mère…) laissent encore 200 ans de consommation actuelle ! Ben voyons…

Voilà donc pour les bonnes nouvelles, tout au moins pour ceux qui espèrent que rien ne va changer! On remarque d’ailleurs que ces personnages sont des économistes, bien connus pour dire (et penser ?) qu’il n’y a jamais de problème technique ou physique et que seul le prix a une influence! Par conséquent, si le prix est élevé, tout est possible … y compris 200 ans de consommation actuelle.

Ouf, un peu de réalisme !

Enfin, il y a les pragmatiques, ceux ont bien compris qu’il y avait des limites physiques à tout cela et que le prix ne pouvait pas être le seul paramètre.

Le 7 novembre 2011 sur France Inter, Michel Rocard, évoque le pic pétrolier et assume l’économie de récession à venir. Pour lui, ce problème est LA raison pour laquelle il faut continuer le nucléaire en France, ce qui peut être discutable.

Le 26 janvier 2012, James Murray, océanographe à l’université de Washington et David King, physicien conseiller de Tony Blair et Gordon Brown, ont démontré que nous avions atteint un plafond de production selon une nouvelle méthode fondée sur l’élasticité de la production de pétrole.

En effet, les producteurs ayant intérêt à garder le prix du baril dans une plage raisonnable, ils diminuent la production lorsque le prix est trop bas et inversement. Sauf que depuis 2005, les choses ont changé. Sur le graphique suivant, vous constatez que le prix (courbe rouge) augmente fortement depuis 2005 (je pense qu’il n’y a pas que sur ce graphique que vous l’avez constaté !) et que malgré cela, la production (courbe bleue) n’augmente plus.

prod-prix.JPGProduction et prix du pétrole entre 1998 et 12011 (Murray & King)

Terminons par les courbes de Jean Laherrère (ci-dessous), qui permettent de reprendre conscience des ordres de grandeur.

Nous savons aujourd’hui que la production de pétrole conventionnel n’augmentera plus. Les vendeurs de rêves (voir le début de l’article) nous disent que grâce aux autres types de pétrole, il n’y a plus aucun problème avec l’énergie fossile.

laherrere.JPGEvolution de la production tous carburants liquides et prospective

Et bien lorsque vous comparez la courbe verte (pétrole conventionnel) avec les autres courbes (rouge et noire) qui représentent le développement des autres types de carburants liquides (sables asphaltiques, charbon ou gaz liquéfié…), vous voyez que l’échelle n’est pas du tout la même et que la production non conventionnelle ne pourra jamais compenser le déclin de nos bons vieux gisement de pétrole brut.

Le scénario le plus probable reste donc le suivant:

La production, tous carburants confondus, arrive sur un plateau et devrait commencer à décliner entre 2015 et 2020, en fonction des conditions économique mondiales.


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